Gradus ad Parnassum - Cours d'écriture musicale

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Par Coriolis, écrit le 27/08/2017 à 09h31
M. Fabre,

Vous êtes un pur génie, une représentation de Bach sur Terre. Vous avez l'art et le don d'expliquer les rouages de l'harmonie avec classe et éloquence, c'est en cela que l'on reconnaît un parfait pédagogue. Vos vidéos sont un service rendu à l'Humanité.

Dans certaines vidéos de vulgarisation, certes qui ne sont pas des cours d'harmonie mais qui prétendent expliquer le secret des enchaînements d'accords, les enchainements d'accords sont expliqués par la réalisation "pratique" (au sens plaquage des accords sur le piano) d'accord à 3 sons, sans aucune considération de la basse.

Exemple : considérons une tonalité de DO Majeur qui enchaîne un accord de tonique (I) DO-MI-SOL et un accord de sous-dominante (IV) FA-LA-DO (fondamentale en quarte ascendante DO-FA). Il est alors expliqué que pour ménager la main droite du pianiste, le but est de faire le moins de mouvement possible dans l'enchaînement, ce qui rejoint d'une certaine façon ce que vous dîtes sur les voix qui doivent (sans généralités) bouger le moins possible. La basse est alors oubliée, il reste Ténor-Alto-Soprano comme accord à 3 sons et finalement l'enchaînement (I-IV) est expliqué comme étant un accord de DO à l'état fondamental DO-MI-SOL suivi d'un accord de FA à l'état de second renversement DO-FA-LA, ou bien d'un accord de DO à l'état de second renversement (SOL-DO-MI) suivi d'un accord de FA à l'état de premier renversement LA-DO-FA. Après avoir vu vos cours, cette "recette" me semble être de la mauvaise cuisine, car il n'y a plus de notions de position ouverte/fermée de l'accord, ni de considération de la basse et les renversements expliqués ainsi sont extrêmement confus pour moi. Néanmoins, si l'on regarde uniquement l'aspect plaquage des accords, c'est certes tortueux mais pas faux d'un point de vue pratique ou de vocabulaire.

Y'a t-il un danger à considérer/comprendre les enchaînements de cette façon ?
Par Jean-Louis Fabre, écrit le 27/08/2017 à 16h21
Bonjour,
tout d'abord merci infiniment pour votre message, vous ne ménagez pas les louanges à mon égard, mais ma place reste cependant modeste.
Je vous remercie par ailleurs de vos remarques, car elles me permettent d'apporter quelques précisions.
Trois choses ESSENTIELLES tout d'abord:
1- Attention, il y une importante erreur d’interprétation de mon propos. Les accords ne sont pas expliqués du tout dans un sens qui serait pratique, comme un raccourci d'une technique plus complexe remise à plus tard. Le piano n'est EN AUCUN CAS la référence pour les enchaînements d'accords. Ces enchaînements sont conçus dans une écriture à quatre voix. Ce sont ces voix la référence, et la notion de mouvement limité des voix n'est en aucun cas un élément pratique qui faciliterait le jeu du piano. La référence de ces enchaînement est constituée de toute la tradition qui remonte au moins au XVIème siècle, l'époque de Josquin des Prés et Palestrina. Je me réfère cependant à la période tonale, celle qui débute au début du XVIIème siècle avec Monteverdi. Donc...pas de piano, surtout pas de piano...
Quand j'aborde les enchaînements avec les accords de premier renversement, alors la basse ne se limite pas aux fondamentales, et alors elle possède la même linéarité que les autres voix.
2- Non, en AUCUN CAS la basse est oubliée,surtout pas. Mais dans un premier temps, je parle des accords à l'état FONDAMENTAL, où en effet, la basse se distingue des autres voix, car elle joue toujours le même rôle, celui de chanter la fondamentale, contrairement aux autres voix, ténor, alto, soprano, qui du fait de leur mouvement réduit, alterne les rôles, tantôt fondamentale, tantôt tierce ou encore quinte.
Quand j'aborde les enchaînements avec les accords de premier renversement, alors la basse ne se limite pas aux fondamentales, et alors elle possède la même linéarité que les autres voix.
Par ailleurs le rapport basse-ténor est différent des autres rapports ténor-alto, ou alto-soprano. Entre basse et ténor, l'intervalle peut être assez grand; jusqu'à la dixième et plus.
3- En aucun cas je me limite aux positions fermées. En effet, j'ai montré avec soin, et je le redis très souvent, qu'il faut absolument prendre en compte autant les positions ouvertes que les positions fermées.
De plus, à chaque position fermée correspond une position ouverte:
- de bas en haut: do sol do mi, position fermée avec tierce au soprano, et do do sol mi, position ouverte avec tierce au soprano. Il existe une parenté entre les deux positions avec tierce au soprano.
- do mi sol do (avec dixième ou tierce entre la basse et le ténor), position fermée avec fondamentale au soprano, et do sol mi do, position ouverte avec fondamentale au soprano.
- même chose pour les deux positions avec quinte au soprano.
Il est hors de question de négliger les positions ouvertes, il est absolument indispensable de les pratiquer par écrit, indépendamment du piano.
Je n'utilise aucune "recette" dans mon enseignement de l'écriture, encore moins des recettes de mauvaises cuisine.
Il est très important, même si le piano est très pratique, et je suis le premier à l'utiliser, de ne pas voir les choses du point de vue du piano.
Les enchaînements que je montre sont ceux que l'on trouve dans les œuvres de Bach, Haydn, Mozart, Beethoven et des centaines de musiciens de cette grande période qui va du début du XVIIème siècle à la fin du XIXème siècle, de Monterverdi à Wagner, et au delà bien sûr, donc certainement pas de recette, mais une technique rigoureuse du métier de musicien.
Je réponds, oui, il y aurait un grand danger à voir les enchaînements de cette façon. Bien sûr, cela ne pose aucun problème, sauf si l'on veut mener une étude sérieuse de l'écriture musicale, il s'agit d'un choix.
Je suis prêt même à vous apporter quelques précisions par mail ou par Skype, si vous le souhaitez.
N'hésitez pas si vous avez des questions, j'espère que ces éléments ont contribué à vous éclaircir.
Encore un grand merci pour votre message
bon travail
bien cordialement
Jean-Louis Fabre

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